Les requins et raies de Méditerranée sont menacés d’extinction

Evaluation UICN 2016 méditerranée

C’est l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) qui a tiré la sonnette d’alarme, ciblant notamment la cause de la surpêche : plus de la moitié des espèces de requins et de raies de Méditerranée sont menacées d’extinction.  L’association Ailerons détaille les tenants et aboutissants de ce nouveau rapport

Le diable de mer méditerranéen, Mobula mobular, espèce de raie classée En Danger d’Extinction (EN) (© Leslie Bissey/Ailerons)

Déclaration de l’UICN, l’analyse d’Ailerons !

« L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature constitue en quelque sorte le baromètre de la nature. Les experts des différents groupes taxonomiques se rassemblent régulièrement et font le point sur l’état des populations dans le monde. En 2007, le groupe d’experts requins et raies de la cellule régionale méditerranéenne tirait déjà la sonnette d’alarme. 40% des espèces de requins et de raies autochtones de la mer Méditerranée avaient alors été inscrites dans l’une des trois catégories les plus inquiétantes de l’UICN.

Zoom sur les statuts UICN de classement des espèces.

Ce lundi, les résultats de la nouvelle évaluation de l’UICN sont tombés. Et ils sont catastrophiques. Depuis 2007, aucun signe de rétablissement des populations n’est observé, bien au contraire… Aujourd’hui, c’est 53% des espèces de requins et de raies de Méditerranée qui sont menacées d’extinction. Cela représente une augmentation de 13% en comparaison à la dernière évaluation de l’UICN en 2007… Sur les 73 espèces de requins, de raies et de chimères évaluées, c’est donc plus de la moitié (39) qui sont désormais menacées !

Résumé de la nouvelle évaluation du statut de conservation des requins et raies de Méditerranée par L’UICN

 

En ce qui concerne les requins de Méditerranée, 56% des espèces (23 sur 41), sont exposés à un risque élevé d’extinction. Les espèces les plus concernées sont notamment les anges de mer (3 espèces en danger critique d’extinction, CR), le requin mako (CR), le requin taupe (CR), les requins renard (En Danger d’extinction, EN) et la liste est encore longue!

A noter que le Grand requin blanc est passé de la catégorie EN à CR. L’une des évolutions les plus spectaculaires concernent le requin peau bleue. Il passe lui en moins de 10 ans de la catégorie Vulnérable (VU) à En Danger Critique d’Extinction (CR). Le plus grand poisson de Méditerranée, le requin pèlerin, passe lui de la catégorie (VU) à (EN).
Les raies de Méditerranée sont également concernées avec 50% (16 sur 32 espèces) exposés à un risque élevé d’extinction. Nous pouvons notamment citer la raie papillon épineuse (CR) (récemment pêchée aux alentours de Nice), les raies guitares (EN) ou encore le diable de mer méditerranéen (EN)…

Les espèces de requins et raies de Méditerranée classées par l’UICN En danger critique d’extinction (CR) Retrouvez les autres classements en cliquant ici

Au cours de la dernière moitié du siècle, 13 espèces sont devenues localement éteintes à divers endroits en Méditerranée. Les eaux méditerranéennes françaises représente une des zones géographiques les plus concernées et est pointée du doigt par l’UICN. Or, les eaux françaises représentaient un havre de paix pour ces espèces où une diversité maximale était observée à l’origine, comme le rappelle l’UICN. Cette réduction alarmante du nombre d’espèces est liée à une activité de pêche plus intensive et plus particulièrement aux prises accessoires. La pollution joue également un rôle significatif sur la dégradation de l’état de conservation des requins et raies de Méditerranée.

De plus, 13 espèces n’ont pas pu être évaluées du fait du manque de connaissances à ce jour en Méditerranée. Elles ont simplement été classées dans la catégorie “Données Insuffisantes” sans que le groupe d’experts ne puisse se prononcer… »

Retrouvez plus d’infos, de chiffres et de synthèse sur le statut de conservation des requins et raies de Méditerranée en parcourant le site d’Ailerons en cliquant ici.

Le requin peau bleu, Prionace glauca, espèce de requin classée En Danger Critique d’Extinction (CR) (© Lapinski Matthieu/Ailerons)

 

Relais Médias :

Médiaterranée : https://www.mediaterranee.com/0732016-requins-et-raies-de-mediterranee-plus-de-la-moitie-des-especes-menacees-dextinction-les

Midi Libre : http://www.midilibre.fr/2016/12/13/les-requins-de-mediterranee-menaces-d-extinction,1440060.php

2015 : une baisse de près de 50 % de la mortalité associée aux attaques de requins dans le monde

“2000-2015 : une baisse de près de 50 % de la mortalité associée aux attaques de requins dans le monde”

Voici une information bien différente de ce que vous avez probablement récemment lu ou entendu. Vous avez surement plutôt retenu cette actualité :

“2015 : une année record pour les attaques de requins dans le monde selon les spécialistes!”

Ailerons fait le point sur la présentation des chiffres sensationnalistes qui semblent défrayer la chronique… Un angle de traitement différent qui va surement moins buzzé, moins être partagé dans les réseaux et qui ne sera probablement repris par aucun médias…

L’International Shark Attack File, dirigé par le Museum National d’Histoire Naturelle de Floride, recense depuis 1958 les attaques de requins dans le monde. Le récent rapport de synthèse de George Burgess, directeur de recherche spécialisé sur les requins au Museum d’Histoire Naturelle de Floride, publié cette semaine a déjà fait couler beaucoup d’encre. Pourquoi un tel intérêt du jour au lendemain pour les requins de la part des médias? Certainement pas pour leur statut de conservation qui n’a probablement jamais été aussi inquiétant depuis près de 400 millions d’années…

La raison de cette multiplication virale des articles sur le sujet est simple :

 “En 2015, la Museum d’Histoire Naturelle de Floride a enregistré un total de 98 attaques sur l’Homme soit 10 attaques de plus… qu’il y a 16 ans…”

Assez impressionnant pour que l’ensemble des médias s’emparent du sujet plus au moins habilement (déjà près de 100 articles francophones en 2 jours dans Google Actualités). Comme souvent lorsqu’il s’agit de requins, l’information fournie est partielle et certains rédacteurs d’articles ou intervenants omettent (volontairement ou non) de préciser différents détails et se “copient/collent” les uns les autres dans la précipitation qui les animent continuellement. En témoigne l’originalité des titres choisis…

Voici des exemples d’angles tous aussi simplistes et réducteurs sous lesquels les médias auraient pu aborder exactement le même article. Des informations qui paraissent capitales mais qui pourtant sont soit relayées au second rang, soit ne sont pas même abordées.

“En 2015, il y a eu 6 morts associés à des attaques de requins contre 11 dans les années 2000. Cela représente une baisse de près de 50% en 16 ans.”
“En 2015, en Floride, état des USA historiquement le plus touché par les attaques de requins, 30 attaques de requins ont été observées contre 37 en 2000 soit une diminution de près de 10%.”
“En 2015, le temps passé par l’Homme dans l’eau a été estimé à plusieurs milliards d’heures. Malgré une constante augmentation de l’utilisation du linéaire côtier mondial par des usages de plus en plus nombreux et diversifiés, le nombre d’attaques mortelles observées dans le monde entier associées aux requins est de 6 cette même année.”
“En 2015, aucun plongeur bouteille n’a subit d’attaques de requins malgré plusieurs millions d’interactions hommes/requins sans aucune protection ou cages.”

Pourquoi les attaques mortelles de requins baissent dans le monde? Pourquoi les requins n’attaquent pas les plongeurs? Les requins disparaissent-ils? Quelles seraient les conséquences de leur disparition pour l’Homme? Combien de morts pourraient être associés à la disparition des requins de nos océans à termes? Voici quelques questionnements auxquels les médias auraient pu tenter d’apporter des éléments de réponses et faire rayonner un message positif dans lequel nous, association de protection de la nature, scientifiques et amoureux de la mer, nous aurions pu nous y retrouver… Moins vendeurs n’est-ce pas? Pourtant ce type d’articles paraitraient tout aussi intéressant… Où est l’article de presse au titre neutre qui ne choisit pas le chiffre qui buzze? Où pouvons nous retrouver la description claire dans les médias de ces différentes phrases du Dr Burgess issues pourtant du même article cité en boucle? :

“The actual rate of attack likely is declining owing to the ever-increasing amount of time spent in the sea by humans”

“Le taux réel d’attaques est probablement à la baisse au vue de l’augmentation du temps passé dans la mer par l’Homme”

“In addition to increases in the number of hours spent in the water by humans, the ISAF’s efficiency in discovering and investigating attacks has improved greatly over past three decades, leading to further increases in the number of recorded interactions”

“Parallèlement à l’augmentation du nombre d’heures passées dans l’eau par l’Homme, l’efficacité du Museum d’Histoire Naturelle de Floride dans la récolte des attaques de requins dans le monde s’est fortement développée ces trente dernières années, ceci amenant à un recensement d’interactions toujours plus nombreuses.

The six attacks matched the annual average of the previous decadeThis total is remarkably low given the billions of human-hours spent in the water each year.  The long-term trend in fatality rates has been one of constant reduction over the past 11+ decades, reflective of advances in beach safety practices and medical treatment, and increased public awareness of avoiding potentially dangerous situations.”

Les 6 attaques mortelles observées en 2016 correspondent avec la moyenne observée au cours de la précédente décennie. Cette somme est incroyablement basse au vu des milliards d’heures passées par l’Homme dans l’eau chaque année. Les tendances sur le long terme montre une diminution constante ces dernières années associées notamment à une amélioration des procédures médicales en cas d’urgence, une meilleure sensibilisation des usagers des situations dangereuses à éviter“.

“Surfers have been the most-affected user group in recent decades, the probable result of the large amount of time spent by people engaged in a provocative activity (kicking of feet, splashing of hands, and “wipeouts”) in an area commonly frequented by sharks, the surf zone.”

“Les surfeurs représentent la catégorie d’usagers de la mer les plus touchés ces dernières décennies, ce résultat est probablement associé aux longues périodes passées à l’eau combiné à des mouvements provocateurs pour les requins (battements de pieds et des mains dans l’eau, chute dans la vague)

Indépendamment de la manière dont l’information est aujourd’hui traitée, phénomène qui probablement nous dépasse et ne concerne pas uniquement le sujet des requins (nous notons quand même que ce sujet semble particulièrement repris lorsqu’il s’agit d’attaques ou de statistiques plutôt que de sujets de conservation d’espèces protégées et/ou en voie d’extinction), notons que 6 décès par an, à l’échelle mondiale, cela reste bien peu en comparaison à de nombreuses autres causes de décès associées à des animaux ou non.

Rappelons néanmoins que la France a particulièrement été touchée ces dernières années par les différents drames survenus à la Réunion, zone où la cohabitation Homme/Animal est aujourd’hui très complexe à appréhender.

L’équipe Ailerons,